Les freins qui empêchent encore les femmes de faire du vélo

Alors que la pratique du vélo explose dans les villes françaises, un constat demeure : les femmes restent proportionnellement moins nombreuses que les hommes à pédaler au quotidien. Pourtant, le vélo est un formidable outil d’autonomie, de liberté et de mobilité durable. Quels sont les freins qui expliquent encore cet écart ? Et surtout, comment les dépasser ?

Décryptage.

1. Le sentiment d’insécurité : un obstacle majeur

Le premier frein évoqué par les femmes est la sécurité. Circulation dense, comportements agressifs, manque d’aménagements cyclables sécurisés : l’environnement urbain peut sembler hostile.

Les études montrent que les femmes sont plus sensibles au risque routier, notamment dans les villes où les pistes cyclables sont discontinues ou mal protégées. Le manque d’éclairage ou les trajets nocturnes peuvent également renforcer un sentiment d’insécurité personnelle.

Comment dépasser ce frein ?

  • Privilégier les itinéraires avec pistes cyclables séparées.
  • Utiliser des applications qui proposent des trajets sécurisés.
  • Investir dans un bon éclairage et des accessoires réfléchissants.
  • Commencer par des trajets courts et familiers pour gagner en confiance.

Les villes les plus cyclables sont aussi celles où la part des femmes à vélo est la plus élevée. L’aménagement urbain joue donc un rôle clé.

2. La charge mentale et l’organisation du quotidien

Les femmes assument encore majoritairement les trajets liés aux enfants, aux courses ou aux tâches domestiques. Cette organisation complexe peut rendre le vélo moins évident à intégrer dans le quotidien.

Transporter un enfant, faire des courses volumineuses ou enchaîner plusieurs arrêts semble plus simple en voiture… du moins en apparence.

Comment dépasser ce frein ?

  • Opter pour un vélo adapté : vélo cargo, longtail, panier avant, sacoches.
  • Tester le vélo électrique pour réduire l’effort, notamment avec des charges.
  • Planifier progressivement une transition : un ou deux trajets par semaine pour commencer.

De nombreuses familles découvrent que le vélo devient plus rapide que la voiture en centre-ville, tout en étant plus agréable.

3. La question de la tenue vestimentaire

C’est un frein souvent sous-estimé : comment faire du vélo en jupe, en robe, en tenue professionnelle ? Beaucoup de femmes hésitent à pédaler de peur d’être inconfortables, mal à l’aise ou limitées dans leurs mouvements.

La mode urbaine a longtemps été pensée sans prendre en compte le mouvement du corps à vélo.

Comment dépasser ce frein ?

  • Choisir des vêtements conçus pour la mobilité : coupes adaptées, matières stretch, longueurs étudiées. De plus en plus de vêtements pensés pour le vélo voient le jour comme la jupe Windy, une jupe 2 en 1 qui se transforme en short une fois sur le vélo.
  • Privilégier une position droite avec un vélo de ville à cadre ouvert.
  • Tester des solutions simples : shorts invisibles, collants techniques, accessoires discrets, pince à jupes etc…

Il est tout à fait possible d’allier élégance et praticité avec les bons vêtements et accessoires.

4. Le manque de modèles et de représentation

Pendant longtemps, l’image du cycliste urbain a été masculine ou sportive. Cette représentation influence inconsciemment les comportements.

Voir davantage de femmes à vélo — dans la rue, dans les médias, sur les réseaux sociaux — contribue à normaliser la pratique. À l’inverse, l’absence de modèles peut renforcer l’idée que le vélo n’est « pas fait pour soi ».

Comment dépasser ce frein ?

  • Suivre des comptes inspirants de femmes cyclistes comme Audrey Redac ou Les bornées
  • Participer à des groupes ou balades entre femmes, il existe de nombreux groupes féminin dans les grandes et moyenne villes, à retrouver sur instagram ou facebook qui proposent des sorties collectives.
  • Encourager la visibilité des parcours féminins dans la mobilité douce.

La représentation joue un rôle puissant dans le passage à l’action.

5. Le manque de confiance en ses compétences techniques

Certaines femmes n’ont pas appris à faire du vélo dans l’enfance ou ont arrêté pendant des années. Reprendre peut sembler intimidant : peur de tomber, difficulté à circuler dans le trafic, méconnaissance des règles.

Comment dépasser ce frein ?

  • Suivre un atelier de remise en selle.
  • S’entraîner dans un parc ou une rue calme avant d’affronter la circulation.
  • Apprendre les bases de l’entretien (freins, pneus) pour gagner en autonomie.

La confiance se construit progressivement. Chaque trajet réussi renforce le sentiment de compétence.

6. Les contraintes physiques et le confort

Selle inconfortable, posture douloureuse, effort perçu comme trop intense… Un vélo mal réglé ou inadapté peut rapidement décourager. Les femmes, en moyenne, ont une morphologie différente de celle des hommes, mais le marché du vélo a longtemps proposé des modèles standards.

Comment dépasser ce frein ?

  • Faire régler son vélo par un professionnel.
  • Choisir une selle adaptée.
  • Tester différents modèles avant achat.

Considérer le vélo à assistance électrique si besoin. Un vélo confortable transforme totalement l’expérience.

Vers une mobilité plus inclusive

Les freins qui empêchent encore les femmes de faire du vélo ne relèvent pas d’un manque d’envie, mais d’un ensemble de facteurs sociaux, urbains et culturels. La bonne nouvelle, c’est qu’ils ne sont pas insurmontables.

À mesure que les villes développent leurs infrastructures et que les marques conçoivent des solutions pensées pour la mobilité réelle des femmes, le vélo devient un choix évident : pratique, écologique, économique et profondément libérateur.

Encourager davantage de femmes à pédaler, c’est aussi repenser la ville pour qu’elle soit plus sûre, plus fluide et plus inclusive. Et chaque femme qui monte en selle contribue à ce changement.

Le vélo n’est pas qu’un moyen de transport. C’est un outil d’autonomie.

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